vendredi 20 janvier 2017

Meudon 1941, une expo Wagner dans la France occupée

En 1941, en France occupée, la presse relate les manières dont la collaboration s'organise. Ainsi en mai, Le Matin rappelle qu' une exposition technique industrielle allemande expose depuis bientôt trois mois au Petit Palais. A l'opéra les artistes du groupe "Collaboration" accueillent leurs collègues allemands  du Staatsoper. A Meudon, une exposition commémore le séjour que fit Richard Wagner dans cette ville située tout près de Paris exactement 100 ans auparavant . La belle-fille de Richard Wagner, Winifred Wagner, est venue à Paris pour assister à l'exposition.  Je vous invite à visiter cette exposition au travers de coupures de presse datées de mai 1941. Les journalistes évoquent le séjour que fit  Wagner à Meudon en 1841, décrivent les objets présentés dans les vitrines de l'exposition, évoquent le vernissage rehaussé de la présence de Winifred Wagner ou de l'Ambassadeur d'Allemagne, et retranscrivent le discours collaborationniste de l'Ambassadeur  François de Brinon.

L'exposition organisée à l'occasion du Centenaire du Vaisseau fantôme eut  lieu au  Musée d'art et d'histoire de Meudon-Bellevue. Elle fut ouverte tous les dimanches du 25 mai au 3 novembre 1941. Meudon, Musée d'art et d'histoire. Les amis du musée publièrent un catalogue de l'exposition: Catalogue du Musée des amis de Meudon-Bellevue. Exposition "A Meudon en 1841" et Centenaire du "Vaisseau fantôme", tous les dimanches du 25 mai au 3 novembre 1941... In-8, 20 p., couv. ill.


Un article de Louis-Charles Royer dans Le Matin du 25 mai 1941

"POUR L'ANNIVERSAIRE. DU "VAISSEAU FANTOME"
EXPOSITION WAGNER A MEUDON

Photo illustrant l'article du Matin du 25 ami 1941
     Le 29 avril 1841, un couple se promenait dans Meudon. alors beaucoup plus champêtre que de nos jours, à la recherche d'un logement bon marché n'était Richard Wagner et son épouse Minna.
    Celui qui devait devenir l'un des plus grands musiciens le plus grand, peut-être du monde, n'était alors qu'un jeune homme de 28 ans, moitié homme de lettres moitié compositeur qui, depuis dix-huit mois qu'il habitait Paris ne connaissait guère que des déboires.
     Il loua dans le bois de Meudon une maisonnette à un étage, dont le propriétaire. M. Jadin, vieillard original il possédait douze perruques de couleurs différentes qu'il portait à tour de rôle habitait le rez-de-chaussée. C'est là que naquit Le Hollandais volant, opéra qui devait s'appeler plus tard. Le Vaisseau fantôme.
   En sept semaines, l'oeuvre était entièrement achevée, poème et musique mais Richard Wagner n'avait plus un sou vaillant, Pour faire vivre sa femme, il céda, sinon le poème, tout au moins le scénario, moyennant cinq cents francs à un librettiste qui travaillait avec un compositeur. Tel fut le premier Vaisseau fantôme, de Foucher et Dienst, qui, représenté à l'Opéra. fut un four lamentable. Le vrai. celui de Richard Wagner, devait prendre, beaucoup plus tard. une éclatante revanche.
   La Société des Amis de Meudon. que préside M. Charles Léger, animateur lettré et wagnérien convaincu, a tenu à célébrer le centenaire de l'oeuvre du plus glorieux des habitants de la petite ville Aujourd'hui, dans son musée, 1, rue du Parc, à Meudon. sera inaugurée par M. Fernand de Brinon, délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, une exposition consacrée tout entière à Richard Wagner.
   La belle-fille du grand musicien retrouvera là nombre de curieux et émouvants souvenirs la partition du Vaisseau fantôme, des éditions originales des premières œuvres littéraires de Wagner, son masque mortuaire au visage serein, presque souriant un portrait, peu connu, qui le représente avec sa femme, Minna, et sa muse, Mathilde Wesendonck et, détail pittoresque et touchant, la note payée par le jeune musicien à son premier hôtel de Paris 95 fr, 45 pour un mois.
    Le génie est un don magnifique mais lorsqu'on connaît les luttes que Richard Wagner dut mener pour réaliser sa vocation, on se demande si le courage, la force de volonté de ce grand Allemand ne sont pas aussi rares, aussi admirables que son génie.

Louis-Charles Royer."

On lit dans le même journal l'entrefilet suivant:

"Les artistes du Staatsoper chez ceux du groupe « Collaboration"
    
 Les sections artistiques du groupe « Collaboration ont reçu, hier aprèsmidi, chez Lucien Muratore, les artistes du Staatsoper de Berlin.
     M. Jacques Rouché, directeur de l'Opéra, de nombreux artistes et personnalités du monde théâtral, parmi lesquels Mme Germaine Lubin, l'admirable interprète d'Isolde, étaient venus M. Max d*Olonne, président du groupe musical de « Collaboration », puis M. Jean Sarment, qui dirige le groupe dramatique, remercièrent chaleureusement les artistes du Staatsoper de l'harmonïe».
    Le docteur Epling, directeur de l'Institut allemand, répondit au nom de l'Opéra de Berlin et, dans une courte allocution, exprima son espoir en de fréquents et féconds échanges intellectuels entre les deux nations.".


Photo publiée par le blog La vie wagnérienne

Un article de Gustave Samazeuilh dans L'Ouest-Eclair (Rennes) du 10 juillet 1941 détaille les objets exposés.

"Un hommage français à Richard Wagner

    ON sait en quelles circonstances presque tragiques Richard Wagner, semblable à ces grands oiseaux du large qui ne peuvent prendre leur vol que dans la tempête compose, en quelques semaines de l'été 1841, la partition du Vaisseau fantôme, à Meudon. dans la petite maison de l'avenue du Château. On sait aussi que le séjour prolongé qu'il fit en France à cette époque compte pour une part essentielle dans la formation de don génie et l'évolution de son art.
     Cette année, la Société des Amis de Meudon, qui avait pris l'initiative en 1837 de l'apposition d'une plaque sur le modeste logis où naquit le Vaisseau fantôme, a tenu à célébrer le centenaire de sa oomposition par une manifestation que les circonstances ont rendue particulièrement significative, à laquelle ont pu assister Mmes Winifred Wagner et M. Wolfgang Wagner, belle-fille et petit-fils du maître, venus à Paris, à l'occasion des belles représentations de Tristan et Isolde, données à l'Opéra par le Staatsoper de Berlin, avec la distribution vocale entière des Festspiele de Bayreuth de 1939.
     La présidence de la manifestation avait été confiée à S.E. M. l'Ambassadeur François de Brinon, délégué général du gouvernement du maréchal Pétain, en présence de S.E. l'ambassadeur d'Allemagne, de très nombreuses personnalités militaires, civiles et artistiques. En termes éloquents et émus, répondant à l'allocution de bienvenue de M. Fernand Léger, président actuel des Amis de Mention, M. Fernand de Brinon a rendu hommage à la grande mémoire du maître, et dégagé le sens symbolique de cette réunion intime, d'initiative française, où les coeurs des assistants, comme aux représentations qui l'avaient précédée, ont vibré l'unisson dans le culte et la beauté.
     Les invités se sont rendus ensuite au Mutée, où les Amis de Meudon ont réuni les collections historiques et artistiques importantes concernant la localité. Non loin de la salle consacrée au grand sculpteur français Auguste Rodin, est installée l'exposition Richard Wagner, alimentée par la Bibliothèque de l'Opéra, la Bibliothèque du Conservatolre de musique, et plusieurs collectionneurs tels que MM. Roger Commault, Alfred Cortot, Paul Franz, Charles Léger, Emile Brisse et le signataire de ces lignes. Les deux premières grandes vitrines concernent particulièrement la période 1839-1842, depuis le départ de Richard Wagner de Riga pour Paris jusqu'à son retour en Allemagne. La seconde a trait spécialement au Vaisseau fantôme. Elle contient notamment des autographes, les premières éditions de la partition. des livrets en allemand et en français, le livret du Vaisseau fantôme de Foucher et Dietsch, dont la partition appartient la Bibliothèque de l'Opéra, où l'ouvrage fut joué en 1842. La troisième est réservée à la période de la première représentation de Tannhäuser à Paris en 1861, et eux innombrables commentaires qu'elle suscita. La quatrième concerne plus particulièrement le mouvement wagnérien en France, les poèmes, ouvrages critiques, discours, qui s'y rattachent, La cinquième et la sixième sont afférentes aux éditions originales des écrits littéraires ou philosophiques de Wagner, et aux compositions musicales de 1840-41. La septième vitrine contient les reproductions photographiques de l'esquisse primitive et de la partition d'orchestre originale du Vaisseau fantôme. signées de Meudon par la maître, et obligeamment communiquées aux organisateurs de l'Exposition par le Dr Otto Strobel, directeur des Archives de la Villa Wahnfried, en accord avec Mme Winifred Wagner.

Fantin-Latour, Autour du piano

    Aux murs des deux salles et dans les vitrines supplémentaires figurent des reproductions de nombreux portraits du maître. dont celui de Renoir, un buste d'Edmond Hippeau, et une curieuse peinture a l'huile, inconnue jusqu'ici, sans date ni signature, représentent Richard Wagner debout, battant la mesure, pendant que Mathilde Wesendonck, assise au premier plan, joue de la guitare, et que Minna Wagner, placée derrière elle, semble écouter [voir la photographie du premier article NDLR]. Voici maintenant des portraits ou photographies des partisans, admirateurs et interprètes français de l'art wagnérien, depuis 1860 jusqu'à l'époque actuelle des oeuvres inspirées par lui, telles que les lithographies de Fantin-Latour; le tableau Autour du piano, du même peintre, où l'on voit les compositeurs Emmanuel Chabrier et Vincent d'Indy, qui furent parmi les premiers visiteurs de Bayreuth, un beau calice du Graal de Parsifal, pièce unique faite par le réputé maître verrier de Nancy Emile Gallé, pour l'Exposition Universelle de Paris en 1900. D'autres curiosités des vues des maisons où Richard Wagner habita au cours de ses divers séjours à Paris, l'esquisse musicale inédite des premières scènes de la Mort de Siegfried, datée d'août 1848, et que Richard Wagner avait donnée à Judith Gautier [voir notre article] , complètent cette exposition, qui restera ouverte à Meudon, jusqu'au 3 novembre 1841, et, si l'on en juge par le succès qu'elle obtient depuis son inauguration, ne manquera pas d'attirer de nombreux visiteurs.
     A l'issue de la cérémonie, quelques habitués de Bayreuth vinrent visiter les quatre petites pièces de l'appartement de la maison de l'avenue du Château, ouvertes pour la circonstance, et qui virent naître. voici cent ans, le Vaisseau Fantôme. Vu leur exiguïté, ils se demandèrent comment on avait pu y monter le petit piano que le maître avait loué, paraît-il, avec une partie de l'argent versé par Léon Pillet, le directeur de l'Opéra de Paris, pour l'extraordinaire cession du sujet, en vue de la composition de la partition par un autre que par lui! Des petites fenêtres du modeste logis, malgré le temps incertain, on découvrait une magnifique vue d'ensemble sur Paris, ce Paris qui, au dire même de Richard Wagner, après l'avoir méconnu, comme tous, fit preuve, avant beaucoup d'autres, de compréhension à son égard, et lui témoigne aujourd'hui une fidélité artistique dont le succès éclatant des représentations de Tristan à l'Opéra de Paris vient de donner toute la mesure. Tant il est vrai qu'à l'injustice initiale succède la justice finale des hommes, et que les oeuvres des grands génies, quel que soit leur pays d'origine, poursuivent après eux leur destinée glorieuse, et voient leur rayonnement s'accroître, comme ces phares puissants qui balayent de leurs feux bienfaisants l'immensité de la mer. 

Gustave SAMAZEUILH"

Un article paru dans le Paris-Soir du 27 mai 1941 (pp. 1 et 4) et ses photos
Éditeur : s.n. (Paris)

"A L'OCCASION DU CENTENAIRE DU « VAISSEAU FANTOME »

Winifred Wagner devant le masque mortuaire de son beau-père


     "Des Allemands et des Français s'assemblent pour parler les mêmes chefs-d'œuvre'' déclare M. de. Brinon au musée de Meudon devant Mme S. Wagner.
     Les cérémonies les plus significatives sont souvent les plus simples.
    Il en fut ainsi de la visite que les Amis de Richard Wagner ont rendue à la maison de Meudon, où le maître de Bayreuth composa « Le Vaisseau Fantôme » .
     Une maison de banlieue aux volets verts, avenue du Château, des fusains, des pensées mauves, des tilleuls centenaires, c'est là qu'en mai 1841 Richard Wagner composa son oeuvre. Les Amis de Meudon-Bellevue ont fait apposer sur les murs gris une plaque de marbr, Leurs Excellences MM. Abetz, ambassadeur d'Allemagne, et de Brinon, ambassadeur de France, sont venues se joindre aux Amis de Richard Wagner et saluer Mme S. Wagner, la nièce de Richard Wagner, actuellement à Paris.

    Assistaient à cette réunion les présidente des sociétés d'auteurs dramatiques; M. Chevalier, préfet de Seine-et-Oise; M. Hamelin, maire de Meudon; de nombreux officiers allemands et l'élite de la musique française.
     Une allocution fut prononcée par M. de Brinon. qui dit notamment : — La guerre se poursuit sur le territoire de la France. L Allemagne et la France sont dans un régime de suspension des hostilités. Pourtant, fait sans précédent dans l'histoire des guerres, comme le disait l'autre jour mon ami Georges Scapini, des prisonniers sont rendus à leurs foyers. Des accommodements entre les ennemis d'hier se font au jour le jour et progressent heureusement; des liens se créent entre industriels, commerçants et artisans qui ne peuvent être que des liens de paix. Des Allemands et des Français s'assemblent pour goûter les mêmes chefs-d'œuvre du génie, qu'ils appartiennent à l'Allemagne ou qu'ils appartiennent à la France.
     Et après avoir évoqué la nuit de légende du 14 au 15 décembre, où « le dôme de la plus grande époque de l'histoire accueillit, sous la neige, la dépouille de l'Aiglon », et le message que le Führer adressa, alors, au maréchal Pétain, M. de Brinon poursuivit :
— Grâce à cet esprit nouveau, à cet esprit révolutionnaire qui souffle à travers l'époque et qui anime le vainqueur, nous pouvons célébrer nos gloires nationales. Le duc de Reichstadt est redevenu Français et nous avons fêté Jeanne d'Arc.  Aujourd'hui, nous célébrons, dans l'intimité mais certes dans un esprit  qui dépasse beaucoup les éditions présentes. l'un des plus  grands génies de la musique, le plus grand peut-être dans l'incomparable phalange des musiciens allemands. Il me plaît qu'un peu de sa vie ait été associée à un très ancien bourg de la vieille France, qu'il ait pu apaiser sa flamme dévorante dans une forêt de l'Ile de France et  qu'il se trouve dans sa musique été accents qui, peut-être, avaient été puisés chez nous. Pour moi, qui ait constamment souhaité qu'Allemands et Français soient un jour  associés dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, je me réjouis de cette cérémonie. J'ai la conviction qu'elle exprime une noble espérance. Je souhaite qu'elle marque plus tard l'une des étapes symboliques."

Deux objets exposés


Franz Hanfstaengl. Richard Wagner, vers 1860, épreuve sur papier albuminé à partir d'un négatif verre, contrecollée sur carton H. 0.093 ; L. 0.059 ©photo musée d'Orsay
La photo aujourd'hui conservée au Musée d'Orsay a appartenu à Judith Gautier qui, selon toute vraisemblance, l'a reçue de Richard Wagner.

Le Graal, un vase d'Emile Gallé



Un éventail pour Linderhof


Une carte postale datée de 1904 présente le château de Linderhof au coeur d'un éventail. Cette carte postale a été mise en ligne sur la page Kulturpfad Ludwig II (sentier culturel Louis II), l' excellent projet scolaire du lycée de Murnau  (Staffelsee-Gymnasium Murnau), un site riche en ressources et intelligemment conçu dont nous conseillons vivement la découverte! En fait, un travail pareil donne envie de retourner sur les bancs de l'école!

Source: http://ludwig.cmswp.de/

jeudi 19 janvier 2017

Portrait du jeune Roi Louis II par August Fleischmann


Les pêcheurs de perles de Georges Bizet à la Reithalle de Munich

Source de l'image: Gallica/BNF
Cet opéra en trois actes et quatre tableaux, sur un livret de MM. Cormon et Michel Carré et une musique de M. Georges Bizet, fut représenté pour la première fois au Théâtre Lyrique le 30 septembre 1863. La conception de cette pièce repose sur un rapport conflictuel entre la fidélité aux promesses données et la puissance impérieuse de l'amour. Une vestale ceylanaise est chargée de se tenir sur le haut d'un rocher qui domine les falaises et d'implorer les divinités bienfaisantes pendant que les pêcheurs de perles vaquent à leurs travaux. Toujours voilée, elle ne doit se laisser approcher d'aucun mortel, sous peine de mort. Leila été choisie pour remplir cette périlleuse fonction. Zurga, que les pêcheurs viennent d'acclamer comme leur chef et auquel ils doivent une obéissance absolue, et son ami Nadir l'avaient déjà rencontrée, et, tous deux, frappés de sa beauté, en étaient épris. Leila, se croyant seule pendant la nuit sur son rocher, ôte son voile et se met à chanter. Nadir l'entend, la reconnaît, pénètre dans l'asile sacré, lui déclare son amour, qu'elle partage. Mais le grand-prêtre Nourabad les surprend, et tous deux doivent mourir. Zurga veut sauver son ami, mais la jalousie lutte dans son coeur contre l'amitié. Leila implore sa pitié et lui présente un collier qui lui rappelle une circonstance dans laquelle il a dû la vie à la jeune prêtresse. Il n'hésite plus, et, pour sauver Nadir et Leila, il met le feu aux cabanes des pêcheurs. A la faveur du sinistre, les deux amants peuvent s'enfuir. 

Le livret est connu pour ses faiblesses, et notamment dans la construction du personnage de Zurga qui, au dernier acte, partagé entre amitié, amour et jalousie, tergiverse entre clémence et châtiment, pour opter finalement pour le pardon, grâce au deus ex machina du collier présenté par Leila. Cormon et Carré ont d'ailleurs avoué qu'ils avaient livré un travail sommaire.

Bizet, alors jeune prix de Rome, et dont c'est le premier opéra porté à la scène, a traité le sujet d'après les formes du grand opéra et dans le style des écoles que l'on disait à l'époque "modernes", dont Wagner et Gounod étaient les principaux représentants. Les ensembles sont très développés, la sonorité puissante, on y décèle des leitmotives. Dans le premier acte, on remarque une belle introduction instrumentale, un duo de baryton et de ténor d'un grand caractère, d'un effet poétique et nouveau et une gracieuse mélodie sur les paroles  ("Je crois entendre encore"). Dans le deuxième acte, le duo de Nadir et de Leila, le grand air de Zurga, et, dans le quatrième tableau, le choeur dansé, sont des morceaux écrits avec talent; mais, en général, on sent fort dans cet ouvrage l'imitation du style et des procédés de différents maîtres. L'instrumentation en est fort travaillée. 

Les directions d'opéra qui souhaiteraient mettre cette oeuvre de jeunesse de Bizet à l'affiche se heurtent à l'impossibilité d'accéder à la partition originale de Bizet qui existe mais se trouve aux mains d'un collectionneur privé qui n'en autorise pas l'accès. Les difficultés liées à l'absence de partition autographe vient cependant d'être récemment allégées par les travaux du musicologue Hugh Macdonald, spécialiste de Bizet, et qui a proposé en 2014 une version originale reconstituée sur base de la transposition de l'oeuvre pour violon-conducteur, à laquelle on a accès. Pour approfondir le sujet, on peut se reporter au Bizet d'HughMacdonald paru aux Presses universitaires d'Oxford.

Le Theater-am-Gärtnerplatz a donné hier soir la première munichoise en version semi-concertante des Pêcheurs de perles  dans la partition reconstituée d'Hugh Macdonald. Pour contribuer à la réussite du concert, le théâtre s'est assuré le concours de Sébastien Rouland, un chef passionné par le répertoire français, de Rameau à Poulenc en passant par Massenet, Bizet et Offenbach, et qui s'en est fait l'ambassadeur. En 2015, il fit ses débuts à l'Opéra de Paris avec l'Alceste de Gluck. En juin prochain, il dirigera à nouveau les Pêcheurs de perles à Séoul.

Mathias Hausmann (Zurga)
et Jennifer O'Loughlin (Leila)
L'orchestre d'une cinquantaine d'instrumentistes est placé  face au public. Les choeurs, entraînés par Félix Meybier, viennent se positionner à gauche et à droite et en surplomb arrière de l'orchestre. Leurs déplacements en procession conviennent bien au côté cérémoniel du sujet. En fond de salle, un écran propose des images d'un Orient à l'exotisme composite (vidéos de Raphael Kurig et Thomas Mahnecke): l'action est bien sûr supposée se dérouler à Ceylan, mais elle aurait pu se dérouler aux Amériques, c'est l'ailleurs qui importe, et cet ailleurs est ici évoqué dans un mélange d'images qui vont des temples nabatéens de Petra aux fresques d'Ajanta avec des motifs kashmiri imprimés sur lesquels se détachent, sans doute, les ombres des pêcheurs perchés sur leurs échasses de la côte proche de Galle. Une énorme lune rouge vient traverser ces décors très colorés.Quant aux quatre chanteurs, ils ont tous fait l'effort louable de la mémorisation, avec un recours minimal à la partition, ce qui permet d'animer la soirée par des jeux de scène. Mathias Hausmann, qui fait partie de la troupe du Gärtnerplatzteater depuis 2016, domine nettement la production avec une forte présence scénique, un baryton très chaleureux doté de belles profondeurs de les basses, une excellente projection et une belle diction française. S'il ne parvient pas à rendre les hésitations répétées de son personnage qui a pouvoir de vie ou de mort sur les amants, c'est, ce me semble, davantage dû à un livret peu vraisemblable qu'à sa belle performance. Le Nourabad impérieux de Levente Páll, membre lui aussi de la troupe, convainc lui aussi. Mais les rôles des amants sont moins bien portés: si Jennifer O'Loughlin, devenue elle aussi membre de la troupe depuis 2016, séduit par l'enchaînement perlé et cristallin de son colorature, elle donne trop dans le cliché et, ne rentrant pas vraiment dans la peau de son personnage, ne parvient  à en transmettre ni la passion ni la détresse. Enfin le ténor roumain Lucian Krasznec donne son Nadir dans un français trop souvent incompréhensible, avec des faiblesses de projection, et des dérapages dans l'aigu. On ne peut pas davantage comprendre le texte des choeurs, généralement excellents pourtant, l'unisson n'était pas au rendez-vous et le français part en bouillie. Une fois n'est pas coutume au Theater-am-Gärtnerplatz, on sort de ce spectacle pourtant fort applaudi par un public, heureusement dans l'ensemble non francophone, avec des impressions très mitigées.

Trailer



Prochaines représentations ces 20 et 22 janvier. Cartes restantes pour la représentation de ce vendredi.

Esquisse pour le costume de Wotan du Rheingold de Munich en 1869

Esquisse pour le costume de Wotan du Rheingold de Munich (1869). Dessin de  Franz von Seitz 
avec des autographes de Wagner et de Seitz. L'oeuvre, en provenance de la collection Oesterlein, 
est conservée au Musée Reuter-Wagner d'Eisenach.

Né à Munich en 1817 où il décéda en 1883, Franz von Seitz fut en charge des costumes au Théâtre de la Cour à Munich à partir de 1855 et y fut ensuite nommé directeur artistiques en 1869. Il contribua à la formation du style rococo Louis II . C'est sous ses directives que travaillèrent les décorateurs de théâtre Christian Jank, Angelo Quaglio, Joseph de la Paix et les peintres Joseph Knab et Julius Lange. On lui doit de nombreux projets pour le château de Linderhof, le kiosque mauresque ou pour le chalet royal de Schachen. Il dessina pratiquement tous les costumes pour les représentations de opéras de Wagner à Munich du temps de Louis II.

Post précédent sur la collection Oesterlein et le Musée Reuter-Wagner d'Eisenach: cliquer ici

mercredi 18 janvier 2017

Quizz: qui a peint ce portrait du Roi Louis II?


Projet pour la barque de la Grotte de Vénus à Linderhof , une gouache de Franz von Seitz

Projet pour la barque en forme de conque marine de la Grotte de Vénus,
gouache, Franz von Seitz, 1876

Né à Munich en 1817 où il décéda en 1883. Franz von Seitz fut en charge des costumes au Théâtre de la Cour à Munich à partir de 1855. Il contribua à la formation du style  rococo à la Louis II . C'est sous ses directives que travaillèrent les décorateurs de théâtre Christian Jank, Angelo Quaglio, Joseph de la Paix et les peintres Joseph Knab et Julius Lange. On lui doit beaucoup de projets pour le château de Linderhof, le kisoque mauresque ou pour le chalet royal de Schachen. Il dessina pratiquement tous les costumes pour les représentations de opéras de Wagner à Munich du temps de Louis II.