mercredi 20 septembre 2017

Les ordres de chevalerie de Bavière sous le Roi Louis II

Nous retranscrivons un chapitre consacré aux ordres de chevalerie bavarois extrait des Ordres de chevalerie et marques d'honneur : décorations nouvelles et modifications apportées aux anciennes jusqu'en 1869 que Jean-François-Nicolas Loumyer (1801-1875) publia chez Amyot  à Paris en 1869. 



ORDRES DE CHEVALERIE

BAVIÈRE.

ORDRE DE MÉRITE DE LA COURONNE DE BAVIÈRE

Par ordonnance du 24 juin 1855, le roi Maximilien Il a introduit des modifications aux statuts de cet -ordre. Il se compose aujourd'hui de cinq classes: Grands-croix, grands-commandeurs,  commandeurs, chevaliers,  décorés de la médaille.

Les insignes sont restés les mêmes pour les quatre anciennes classes.

Le nouveau grade introduit, celui de grand-commandeur, tout en portant le bijou des commandeurs, s'en distingue par l'étoile des grands-croix, fixée sur la gauche de la poitrine, mais d'un module plus petit. 

ORDRE DE SAINT-MICHEL

Une ordonnance du 24 juin 1855 partage en cinq classes l'ordre de Saint-Michel, savoir : Grands-croix, grands-commandeurs, commandeurs, chevaliers de première classe, chevaliers de seconde classe.

Les insignes de première, deuxième, troisième et quatrième classes sont maintenus. Mais les grands-commandeurs portent en sautoir la croix et y ajoutent, au côté gauche de l'habit, une plaque comme celle de la première classe, mais dans des proportions réduites.

La croix des chevaliers de deuxième classe se distingue par l'absence de couronne.

Les rapports de préséance entre les deux ordres ci-dessus sont réglés comme suit : Les grands-croix, grands-commandeurs et commandeurs de la Couronne de Bavière ont le pas sur les mêmes grades dans l'ordre de Saint-Michel. 

Les chevaliers de la Couronne de Bavière précèdent les chevaliers de première classe de Saint-Michel.

Viennent ensuite les chevaliers de deuxième classe de ce dernier ordre, et ensuite les médaillés de la Couronne de Bavière.

ORDRE DE LOUIS.

De même que pour les deux ordres ci-dessus, un décret du roi de Bavière, publié en 1866, a divisé en cinq classes: Ordre de Louis qui n'en comptait que deux précédemment, et prescrit les mêmes règles pour le port des insignes, dont la forme a été modifiée.

La plaque des grands-croix et des grands-commandeurs est représentée planche 1 (n° 4), et la croix pour les trois premiers grades, même planche (n° 6).

La décoration des chevaliers de première classe est représentée planche 1 (n° 5). Celle de deuxième est du même module, mais en argent.

ORDRE DE SAINT-GEORGES.

Chaque aspirant à l'ordre est tenu, avant son admission, de prouver par des documents écrits l'origine allemande,  la noblesse de tournoi, tant de lui-même que de tous les ancêtres de sa lignée, jusqu'au cinquième degré. Le cinquième degré, toutefois, comprendra encore, outre les seize ancêtres dont il faut justifier chez le père et la mère, les ancêtres plus éloignés.

Il est également requis qu'aucun anobli ne figure parmi les trente-quatre ancêtres qui forment l'arbre généalogique. Il faut également justifier d'une possession ininterrompue de noblesse pendant trois cents ans , dans la ligne directe ascendante, tant paternelle que maternelle.

Les preuves à fournir sont complètement analogues à celles des anciens ordres de chevalerie allemands, et des chapitres.

Pour être reçu, chaque candidat doit adresser sa demande par écrit au Sérénissime Grand-maître. La forme et manière d'après laquelle les preuves sont administrées lui est indiquée dans une instruction imprimée. L'ordre se répartit en deux langues : l'allemande et l'étrangère.

Ne sont reçus dans la première que les nobles dont l'arbre généalogique ne renferme que de vraies familles allemandes. Font partie de la seconde ceux qui, ou bien descendent de familles étrangères, ou possèdent parmi leurs ancêtres quelque famille non allemande.

La langue allemande formera les deux tiers. Du reste, les deux langues sont tenues à une justification d'ancêtres également rigoureuse.

On n'admettra personne qui appartienne à un ordre étranger. Un membre de l'ordre de Saint-Georges ne peut accepter aucune autre décoration, sans l'autorisation du Grand-maître.

Nul n'est reçu, qu'il n'ait accompli l'âge de vingt et un ans. Les princes régnants et les ducs en Bavière, ainsi que les princes de maison souveraine , sont exceptés. Il est nécessaire que le candidat ait voyagé hors de l'Allemagne, ou assisté à une campagne.

Source: Gallica / Bibliothèque nationale de France

Humour wagnérien: la question des monuments à Wagner / Zur Denkmälerfrage

Der Meister aller Meistersinger tritt aus dem Gewerk
"Zur Denkmälerfrage" par Edmund Harburger
Fliegende Blätter, 112.1900, Nr. 2853, p. 159


mardi 19 septembre 2017

La mort de Louis II et la prophétie de Benediktbeuern


 
L'Univers du 16 juillet 1886 publiait un article intitulé La prophétie de Benedikcbeueren que devait ensuite reprendre le journal historique hebdomadaire La Légitimité de Bordeaux du 1er août. Cette prophétie est celle que donna le Père Simon Speer en 1599.

LA PROPHÉTIE DE BENEDICTBEUERN

Nos lecteurs connaissent le Vaticinium lehninense, manuscrit de l'ancienne abbaye cistercienne de Lehnin, de l'ancien, archidiocèse de Brandebourg.

On sait que ce Vaticininum parle de l'essor de la maison de Hohenzollern et en déplore l'hérésie, mais qu'il a aussi souvent servi à des desseins politiques. On y prédit entre-autres l'unité allemande et le relèvement de l'Eglise catholique, ainsi que la réouverture de l'abbaye de Lehnin. En effet, après les événements de 1870, le roi Guillaume donna les fonds nécessaires pour relever Lehnin de ses ruines, et l'abbaye et son église sont complètement restaurées; il n'y manque que les cisterciens.

Le Vaticinium s'occupe également des Maisons de Luxembourg et de Bavière et de la Maison Ascanienne (Anhalt). Mais il y a encore le Vaticinium benedictoburanense* qui s'occupe de la Maison de Bavière.

Dans le passage relatif à la dynastie des Wittelsbach, on lit, du verset 38 à 49, ce qui suit :

Decrescit latus fastuoso sub principe satus, 
Securitas gentis est fortitudo Regentis; 
Sed quid juvabit cor rectum, quando cubabit? 
Orate fratres, lacrimis haud parcite mares! 
Fallit in hoc nomen laeli regiminis omen, 
Nil superest boni, veteres migrate coloni!
Non robur menti, non adsunt numina genti, 
Cujus opem petit, contrarius hic sibi flet 
Et perit in undis dum miscet summa profundis. 
Sed quis turbatum potertl refringere statum? 
Qui sequitur justos imitabitur maximus avos.

C'est-à-dire en traduction libre: "Le territoire des princes somptueux sera amoindri, la force du souverain garantit la sécurité du peuple. Mais à quoi sert un coeur droit, s'il sommeille? Priez, mes frères, et vous, mères, versez d'abondantes larmes! Le nom du monarque victorieux est une illusion. Le bien a totalement disparu; émigrez, habitants du pays! La force manque à son esprit, et la protection divine à son peuple. Là où il cherchera du secours, il rencontrera des adversaires et il trouvera la mort dans les flots, après avoir changé le vieil ordre des choses. Qui mettra fin à la confusion? Son successeur s'efforcera d'imiter ses ancêtres dans la pratique de la justice, et il sera le plus grand de la dynastie. »

La Germania et les feuilles catholiques de l'Allemagne du Sud font le plus grand cas de ces vers du Vaticinium, et disent que personne en Allemagne ne conteste que ces vers ne puissent s'appliquer au drame de Berg. La Germania fait en outre des voeux pour que la prédiction du dernier vers puisse s'accomplir, car le successeur dont il est parlé n'est autre que le prince Louis, qui, selon les probabilités humaines, sera le plus prochain roi de Bavière.

Le prince Louis est foncièrement catholique; c'est là le meilleur éloge que l'on en puisse faire.

*Weissagung des ehrwürdigen Vaters Simon Speer Benedictiner Mönchs zu Benedictbeuern von dem Jahr 1599 : Beitrag zu den Bemerk. geg. Zschokke's b. Geschichte

Bayreuth 1874: quand Richard Wagner sollicitait l'argent américain

Cet auteur de chansons était-il
le directeur de la revue homonyme?
Le Ménestrel, journal de musique parisien, retranscrit dans son édition du 30 août 1874 une lettre qu'adressa Richard Wagner, non sans inquiétude sur l'avenir de son théâtre, au directeur du Dexter-Smittes [sic, il doit s'agir du Dexter Smith's musical journal], revue américaine:

Très-estimé monsieur,

Je vous suis très-obligé de l'intérêt que vous portez à mes oeuvres, et dont la preuve m'est fournie par les articles que vous leur consacrez dans votre Revue; et je suis heureux de vous donner une explication de mes idées. Convaincu que dans nos théâtres, tels qu'ils sont constitués, pour le présent du moins en Allemagne, — théâtres où tous les genres d'opéras : italiens, français et allemands se jouent indistinctement et s'exécutent tous les soirs, — la création d'un style et d'un art dramatique réel est une impossibilité, j'avais entrepris d'ériger un théâtre où, chaque année, chanteurs et musiciens offriraient au public de l'Allemagne des représentations qui, à ne les considérer que sous le rapport de la perfection de l'exécution, donneraient une idée de ce que peut devenir l'art allemand; car, cher monsieur, nous sommes le peuple du fédéralisme, et, à ce titre, nous pouvons accomplir de grandes choses par la voie de l'association, lorsque l'occasion s'en présentera. Cette idée, je l'ai portée avec moi depuis environ vingt années, et c'est elle qui m'inspira la trilogie des Niebelungen, dont l'exécution serait tout à fait une absurdité sur une scène ordinaire.

Eh bien, pour atteindre mon but, j'ai cherché en Allemagne mille personnes apportant chacune trois cents dollars à l'oeuvre, non pas pour acheter les billets, mais pour contribuer à la réalisation d'une idée nationale; et comme j'avais donné aux théâtres allemands cinq ouvrages qui obtinrent toujours un grand succès devant des salles combles, j'ai pensé que ma voix aurait quelque chance d'être écoutée.

Mon intention est de donner ces représentations gratuitement au public et grâce à l'aide fournie seulement par les patrons de l'oeuvre. Mais je n'ai pas trouvé dans l'Allemagne un millier d'esprits libéraux et de patriotes.

Loin de là, la presse elle-même, tout entière, a tourné le dos à mon idée et s'est prononcée contre moi. Aucune classe de la société, noblesse, capitalistes, savants n'a voulu m'assister.

Ma seule force gît dans les grandes masses populaires qui, malgré les calomnies et les dénonciations portées contre moi-même et contre mes oeuvres, sont restées fidèles à l'un comme aux autres, et c'est pour ce public-là, de fait, que je donne des représentations ; mais comme les masses n'ont pas de ressources financières, nous nous sommes arrangés de manière à vendre les places, n'en réservant que cinq cents pour les artistes musiciens dans le besoin.

Je ne pense pas qu'il y aura de la gloire pour l'Allemagne à ce que l'Amérique soit venue à mon aide. Pour moi, j'en suis fier et je suis fort reconnaissant aux musiciens allemands, attachés à l'orchestre de M. Théodore Thomas, d'avoir introduit ma musique en Amérique de leur propre accord exclusivement, et mus seulement par un patriotique et pur enthousiasme; tandis que presque tous les musiciens en renom de l'Allemagne se sont conduits si mal, — tranchons le mot, — si ridiculement à mon égard. . Grâce à un crédit que j'ai obtenu, mes représentations sont assurées pour l'année 1876, et si, à l'aide de la vaste circulation de votre feuille, il vous était possible de réaliser un fonds en Amérique, afin de venir en aide à mon entreprise, je en vous serais on ne peut plus obligé ainsi qu'au public américain. Je suis, avec une haute estime et sincèrement, votre tout dévoué et obligé, ,

RICHARD WAGNER.

Bayreuth, juin 1874.


Louis II de Bavière vu de France: un article mal informé de La Lanterne en 1879

La Lanterne, journal politique quotidien parisien, avait une ligne républicaine violemment anti-cléricale. Le 24 novembre 1879, le quotidien publie un article aussi mal informé qu'irrévérencieux sur le Roi Louis II de Bavière et son frère Othon, que le journaliste, qui se dit ex-diplomate, affuble du prénom de Léopold. Le propos, sensationnaliste, est extrêmement ciblé et vise à ridiculiser le Roi et son frère. 

A noter que La Lanterne publie à cette époque un feuilleton intitulé Le Roi vierge, dû à la plume de Catulle Mendès (ici, au bas de la première page). Ce roman à clef met en scène de manière à peine déguisée le même Roi de Bavière. (voir l'article que lui consacre Michał Piotr Mrozowicki, pp. 193 et suivantes).

Autant de témoignages de la perception française du Roi Louis II autour des années 1880.

"INDISCRÉTIONS DIPLOMATIQUES
LE ROI DE BAVIÈRE

Le roi de Bavière devait se marier vers 1868.

Tout était prêt pour la noce. Le brave homme de roi n'eut-il pas l'ingénieuse idée de faire marier, en même temps que lui, cent couples de ses sujets! A force d'argent, on trouva les cent couples, devenus, tout d'un coup, impatients de goûter les plaisirs du ménage. Mais, hélas! le roi ne se décide plus à fixer le jour des noces générales! Les mois s'écoulent. Les cent couples choisis n'ont pas attendu la cérémonie pour se donner des preuves d'amour; des enfants illégitimes voient le jour, et le roi de Bavière attend, attend toujours!

On le prévient alors de ce qui se passe, en ajoutant que ses désirs sont peu compris et que l'on se moque de lui. Le bon roi se fâche, ordonne de marier régulièrement, et au plus vite, les cent couples déjà mariés devant Dieu.

Quant à lui, il a changé d'idée, il ne veut plus se marier !

La princesse désignée pour monter sur le trône royal de Bavière reçoit un message très joli, l'informant que Sa Majesté a renoncé à son galant projet et il n'est -plus question de mariage royal.

Dans son palais, à Munich, le roi de Bavière s'est fait construira un petit paysage suisse. Ce fait est de la plus grande exactitude. Et le paysage est complet. On voit là un petit lac sur lequel le roi fait des promenades en gondole, et ce lac est entouré de montagnes! de montagnes de théâtre, entendons-nous bien; oui, de montagnes peintes sur des toiles! Et quand le roi fait sa promenade sur le lac, on laisse courir entre les toiles, pour compléter l'illusion, des chèvres, de vraies chèvres, cette fois, et le roi se croit en Suisse!

Quand la guerre éclata entre la France et l'Allemagne, le ministre de la guerre du roi de Bavière voulut, naturellement, consulter son maître. Le maître n'était pas visible. Le ministre, bravant tous les obstacles, se précipite dans le cabinet du roi. Que voit-il? Le roi, avec son intime ami, le compositeur Wagner, tous les deux en costume romain classique, déclamant des vers de Corneille! « Majesté, fit le ministre, la France vient de déclarer la guerre à la Prusse; quel parti prenez-vous? »

« - Laissez-nous finir notre tragédie, répondit le roi; tout à l'heure nous causerons de politique. »

Mille bizarreries de ce genre ont rendu célèbre le roi Louis de Bavière. L'aménité de ses relations en souffrait souvent ; plus d'un grand personnage eut souvent à se plaindre des facéties de sa royale cervelle.

Une autre bizarrerie du roi de Bavière.

Quand il chasse dans les montagnes, il est toujours seul dans sa voiture, ou bien à pied, entouré de valets qui portent ses armes et les provisions. Personne ne prononce une parole et les paysans qui le rencontrent se cachent, car le roi n'aime pas les spectateurs curieux, surtout le soir.

C'est, un spectacle étrange de voir le jeune roi s'avancer, triste, pâle, silencieux, dans l'ombre des montagnes, au milieu des valets et des chasseurs qui secouent leurs torches enflammées dans les étroits défilés. On dirait le spectre de la royauté, à la recherche de son ancien prestige pour toujours disparu.

L'hiver, le roi fait quelquefois des promenades dans un traîneau magnifique, derrière le siège duquel se dresse une statue de la Victoire, tenant une couronne entre ses mains, de façon que la couronne se trouve juste au-dessus de la tète du roi quand il est assis dans le traîneau.

Le roi aime beaucoup son malheureux frère Léopold, qui est atteint de folie et qui suit un traitement dans un château près du lac de  "Staremberger See" [sic].

Le pauvre jeune prince était en proie à un accès du mal pendant la bataille de Langensalza. Lorsque la crise approche, il se figure être devenu lion. Il marche à quatre pattes et veut mordre tous ceux qui l'entourent.

Le bon roi de Bavière, moins fou que son frère, mais tout aussi sombre et silencieux que lui, vient souvent le visiter. Il s'assied près de lui, le regarde, le caresse et passe des heures entières à lui dire de ces mots mystérieux qui calment la souffrance. Sa bonté est poussée jusqu'au dévouement.

On l'a vu, quand son malheureux frère se jetait à terre, saisi par la folie, et rugissait comme un lion; on l'a vu, dis-je, se traîner lui-même près du pauvre fou, imiter comme lui la démarche et les rugissements du roi des animaux, espérant procurer ainsi quelque soulagement, quelque distraction à l'infortuné malade.

Puis il retourne à son château et demande à la musique qu'il aime tant quelque diversion à ses sombres pensées. Il va souvent au théâtre royal, à Munich. Alors on joue pour lui seul. Ce n'est pas la quantité qui fait le public, dit le roi, c'est la qualité.

UN EX-DIPLOMATE."

Humour wagnérien: deux cygnes pour le ténor

"Notre ténor est devenu si gros qu'il doit se laisser tirer par deux cygnes
dans le rôle de Lohengrin" in Fliegende Blätter, 111.1899, Nr. 2819, p. 65


lundi 18 septembre 2017

Le Comte de Paris et le Roi de Bavière. Histoire ou Roman?

Le journal parisien La Justice du 15 juin 1886 reproduit un article du Matin qui voit, sans cependant en apporter la preuve, une connexion possible entre la fameuse expulsion des Princes de Paris ( loi d'exil du 22 juin 1886, instaurant l'exil des membres des familles ayant régné en France) et la chute du Roi Louis II de Bavière. Le Roi de Bavière, en grand besoin de fonds, avait alors fait demander au Comte de Paris un prêt auquel le Comte aurait été prêt de consentir. 

Le Comte de Paris, Philippe d'Orléans,
dit "Philippe VII".
LE COMTE DE PARIS ET LE ROI DE BAVIÈRE

Sous ce titre : Histoire ou Roman, le Matin publie la très étrange lettre qui suit et dont ce journal, n'ayant aucun moyen de contrôler les faits annoncés, donne le texte sans en assumer en aucune façon la responsabilité.

Nous reproduisons à notre tour ce document, à titre de curiosité ;

"Berlin, 12 juin.

L'expulsion des princes, votée à Paris le jour même où, à Munich, on proclamait la déchéance du roi Louis II - voilà une coïncidence historique qui aura frappé l'imagination même de ceux qui ne soupçonnent aucune connexité entre ces deux crises politiques.

Et pourtant, ce n'est pas à un caprice du hasard qu'on doit le rapprochement chronologique de deux événements qui offrent, en eux-mêmes, tant de points de comparaison. Bien au contraire, 11 y a entre les mesures votées au Palais-Bourbon et celles qu'on vient de prendre au château de Hohenschwangau, au enchaînement de causes et d'effets qu'il suffit d'indiquer pour expliquer bien des réticences et élucider plus d'une de ces allusions obscures que les déclarations officielles, ici comme chez vous, ont substituées aux aveux francs et clairs.

Voici, à ce propos, quelques révélations qui me semblent aussi curieuses qu'elles sont inédites et dont je puis garantir l'authenticité absolue :

Le roi Louis II vient d'être « aliéné » du gouvernement de son pays, parce qu'il avait sollicité le secours financier des princes d'Orléans, et le comte de Paris va être expulsé, parce qu'il a promis de venir en aide à "son cousin de Bavière".

Un prêt de vingt millions de marcs, soit vingt cinq millions de francs telle était la demande du souverain endetté.

L'appui de la Bavière et l'emploi de son influence sur la politique étrangère du prince de Bismarck, en faveur d'une restauration monarchique, tel était le prix auquel le comte de Paris consentait à risquer ses millions.

Malheureusement pour les deux parités contractantes, les intermédiaires n'ont pas usé de la discrétion nécessaire, le secret a été vendu au chancelier allemand,et celui-ci, changeant brusquement d'attitude envers un souverain qui, pour être fou, n'en travaillait que mieux pour le roi de Prusse, décréta le détrônement immédiat de Louis 11, non sans fournir à M. de Freycinet les preuves matérielles de la conspiration tramée par les d'Orléans.

Pour comprendre celte volte-face du prince de Bismarck, Il faut se rappeler que le roi de  Bavière, en dépit de toutes ses extravagances, avait toujours eu soin de cultiver une entente presque intime avec le chancelier, dont il soutenait la politique et dont il flattait l'amour-propre.

Tandis que, à l'égard du prince impérial, voire de l'empereur Guillaume, le chef de la dynastie de Wittelsbach affichait une indépendance frôlant faut l'irrévérence, il s'empressait d'entourer de prévenances et d'adulations le chancelier de far,! à la disposition duquel il mettait ses châteaux, ses écuries et sa livrée chaque fois que le prince venait prendre les eaux de Kissingen, et qu'il félicitait, par lettre autographe, à sa fête, au Jour de l'an et à n'importe quel autre propos.

Dans le domaine politique, Louis II ne se montrait pas moins docile. Aussi anticlérical que la plupart de ses sujets étaient dévots, le. roi maintenait depuis nombre d'années un ministère libéral contre la majorité catholique de ses Chambres. Enfin, jouissant, en vertu des traités de Versailles, du privilège de contrôler la politique extérieure de l'empire, par l'intermédiaire d'une section du conseil fédéral dont le plénipotentiaire bavarois est le président inamovible, et qu'il a seul le droit de convoquer, le roi Louis se montrait tellement convaincu de la supériorité absolue de la diplomatie de la Wlihelmstrasse que ladite section n'eut jamais l'occasion de se déranger ni d'importuner le chancelier.

Voilà pourquoi le grand chancelier, rendant amitié pour amitié, ne voulait jamais entendre parler d'un changement dynastique en Bavière. En vain les ministres bavarois lui représentaient-ils la gravité de plus en plus fâcheuse de la situation où le gouvernement et le pays se trouvaient vis-à-vis d'un monarque prodigue, dont les passions et les extravagances étalent effrontément exploitées par un entourage inavouable.

Tant que ces scandales se cachaient dans les mystérieux châteaux des montagnes, le chancelier conseillait à ses collègues bavarois de patienter et de profiter de cette royale insouciance sans laquelle ils auraient depuis longtemps cessé d'être ministres.

Mais voilà qu'une révélation des plus imprévues vient brusquement changer ces bonnes dispositions du prince de Bismarck envers son ami couronné. C'était au moment où la comte de Paris mariait l'aînée de ses filles. Un beau jour, le ministère d'Etat bavarois avertit le chancelier qu'au nom du chef de la famille d'Orléans on vient de leur faire certaines ouvertures.

Les d'Orléans offraient de régler les dettes du roi Louis, à la condition que le gouvernement bavarois, usant de son privilège mentionné plus haut, exercerait, à l'aide de la « section diplomatique» du Conseil fédéral de l'Empire, une certaine pression sur le chancelier, en vue d'empêcher ce dernier de poursuivre sa politique anti-orléaniste.

A cette nouvelle, confirmée par des preuves irréfutables, le chancelier bondit. Comment! on allait contrôler sa politique? Et c'étaient encore ces d'Orléans qui se permettaient de s'ingérer dans les affaires de l'empire ?

Immédiatement, il se rendit auprès de l'empereur Guillaume. Après avoir exposé les faits, il montra au vieux souverain l'oeuvre de sa vie menacée par les intrigues des prétendants étrangers, un monarque allemand suborné par l'argent français, les antagonismes et les insubordinations d'autrefois ressuscitées par « l'ennemi héréditaire ». En se retirant, le chancelier emporta l'autorisation de l'empereur pour les ministres bavarois de procéder à l'établissement d'une régence.

Le lendemain, M. de Freycinet était au courant de ce que la chancellerie de Berlin appelait la "conspiration" des d'Orléans. La réception à l'hôtel Galliera n'a été qu'un prétexte; les renseignements fournis par M. de Bismarck ont été la véritable cause de l'action du gouvernement de la République.

Mais que s'était il donc passé au fond? Comment le comte de Paris avait-il pu se confier à des gens qui s'empressaient de vendre ses secrets? C'est ce qui reste à éclaircir. Tout ce que nous savons à cet égard, c'est que les négociateurs qui avalent proposé le marché au nom du roi de Bavière ont agi à l'insu des ministres.

C'étaient, paraît-il, des plénipotentiaires recrutés dans ce monde de palefreniers, de coiffeurs, de valets de pied et de gendarmes mignons qui constituaient l'entourage favori du roi Louis.

Inavouables ou non, ces négociateurs sont officiellement désavoués par la cour et le ministre bavarois.

A Paris, cependant, ces individus semblent avoir réussi à sa faire prendre au sérieux, car la réponse du comte de Paris aurait été adressée directement à des personnages officiels de Munich. C'est cette imprudence qui a perdu à la fois les d'Orléans et le roi Louis."