mercredi 29 mars 2017

Le Consul de Menotti par l'Opernstudio au théâtre Cuvilliés de Munich

Selene Zanetti (Magda Sorel). Photos: Wilfried Hösl

La troupe des jeunes chanteurs de l'Opernstudio de l'opéra de Munich a donné hier soir la première du Consul de Gian Carlo Menotti au théâtre Cuvilliés. Comme chaque année, les jeunes talents de cette pépiniére d'excellents artistes qu'est l'Opernstudio a eu l'occasion de faire la démonstration de son savoir-faire en présentant une oeuvre d'opéra complète y compris dans des premiers rôles généralement réservés à des talents aguerris.

Le choix de cette année s'est porté The Consul de Gian Carlo Menotti, une oeuvre de la moitié du siècle passé dont la thématique est hélas à nouveau au coeur de notre propre actualité puisque elle traite du problème de la demande d'asile et des freins innombrables qu'installent les pays d'accueil potentiels. Menotti avait lui-même composé le livret de son opéra présenté à Philadelphie puis à New York en mars 1950,  et qui avait connu sa première munichoise au Theater-am-Gärtnerplatz en 1952.i

Joshua Owen Mills (Der Zauberer), Alyona Abramowa (Vera Boronel),
Selene Zenetti (Magda Sorel), Niamh O'Sullivan (Die Sekretärin), 
Paula Iancic (Anna Gomez), Milan Siljanov (Mr. Kofner)

L'action du Consul pourrait avoir lieu dans n'importe quel pays dictatorial. Un combattant de la liberté, John Sorel,  est en fuite, sa femme et son fils aspirent à le rejoindre dans le pays où il prétend s'être réfugié. On assiste à la répression policière de la famille et aux tracasseries administratives kafkaïenne du consulat du pays d'accueil. Magda Sorel insiste pour rencontrer le consul, mais n'en apercevra jamais que l'ombre; jamais on  ne verra le personnage qui donne son titre à l'opéra. Le drame se complique par la mort du fils Sorel qui fait une chute mortelle au consulat. La secrétaire du consulat incarne la lourdeur administrative et son inhumanité. Magda refuse de communiquer à son mari la nouvelle de la mort de leur fils via le réseau des résistants. John en est cependant informé et revient au risque de sa liberté et de sa vie. Magda, espérant sauver au moins son mari, se suicide par le gaz et John est arrêté.

La pièce nous interpelle particulièrement dans la situation internationale actuelle, car par le jeu du transfert entre les acteurs et le public, les spectateurs ont tendance à s'identifier à Martha et à se trouver par le fait même en situation de demandeurs d'asile, précisément dans un temps où la tendance est au repli timoré et à la défense des frontières. Le choix de cette pièce n'est pas innocent et rentre bien dans la ligne politique démocrate activement défendue par le Bayerische Staatsoper, une institution qui ces dernières années a toujours pris des positions claires contre la montée des nationalismes populistes.

La metteure en scène Christiane Lutz,(-qui vient de diriger la reprise du Lohengrin de Claus Guth à Bastille-) et le décorateur  Christian Andre Tabakoff se sont adaptés à l'exiguïté du plateau du théâtre Cuvilliés en proposant des décors ingénieux qui servent bien l'action dramatique. L'appartement des Sorel est totalement dépouillé de mobilier. On n'y voit qu'un mur avec une fenêtre assez large et un radiateur au gaz; la portée symbolique du dépouillement est patente: l'appartement vide n'est qu'un lieu de passage pour des personnes constamment sur le qui-vive, qui ont dès l'entame de l'opéra pratiquement déjà tout perdu, fors la vie, que d'ailleurs tous les occupants perdront dans la progression de l'action. La salle d'attente du consulat, située au premier étage d'un immeuble,  est le second lieu de l'action, avec ses objets symboliques du pouvoir administratif: le banc d'attente, les tickets transformant les personnes en des numéros dans une liste, l'enseigne lumineuse dont le numéro affiché permet l'accès à la secrétaire. Une double porte aux vitres translucides donne accès au secrétariat, mais la secrétaire traite la plupart des cas dans la salle d'attente et les demandeurs de visa n'ont que rarement accès au saint des saints, et jamais au Consul. Le banc d'attente est appuyé contre un muret avec une balustrade par-dessus laquelle le petit Sorel basculera pour aller se fracasser à l'étage inférieur. Lors d'un changement de décor, on se trouve au pied de l'escalier menant à la salle d'attente et au secrétariat. Le sinistre emplacement du petit cadavre qui a été enlevé est délimité par des numéros. Ainsi les décors servent-ils d'éléments narratifs, le public restituant la chute du corps de l'enfant et sa mort. Les indications scéniques de Menotti ont été modernisées: les personnages de Christiane Lutz sont équipés des outils de communication contemporains: téléphones et ordinateurs portables, et dans la salle d'attente du consulat on trouve un photomaton, qui servira à l'occasion de confessionnal.

L'Orchestre de chambre de Munich (Münchnener kammerorchester) est dirigé par le jeune chef Geoffrey Paterson qui s'est spécialisé dans l'opéra contemporain, et nous introduit à l'univers sonore de Menotti avec un enthousiasme maîtrisé par un grand souci du détail et une communication très précise avec les musiciens. Un chef au regard lumineux qui fut l'assistant de Kirill Petrenko pendant deux saisons  pour le Ring de Bayreuth. On ressent chez Paterson une autorité naturelle et charismatique qui nous fait espérer le retrouver bientôt à Munich.

La soprano italienne Selene Zanetti incarne avec un talent d'actrice consommé et une forte présence en scène le personnage central de Magda. Sa voix puissante et l'intensité de son soprano dramatique verdien conviennent parfaitement à l'interprétation de cette héroïne dont  la ferveur et la détermination se verront progressivement minées et conduiront au désespoir halluciné puis au suicide. Elle enlève la longue scène du suicide de façon magistrale tant sur le plan scénique que sur le plan vocal. La jeune Niamh O'Sullivan joue avec brio la secrétaire avec la froideur empruntée et la rigidité qu'exige le rôle, tout en laissant pointer de-ci de-là une pointe d'humanité. C'est elle qui nous tend le miroir sinistre et inquiétant  de ce que nous sommes devenus. Johannes Kammler interprète John Sorel de son beau baryton chaleureux. Signalons enfin l'excellente mère de Helena Zubanovitch. Joshua Owen Mills et Igor Tsarkov, déjà bien connus et appréciés du public munichois, viennent compléter le plateau très homogène de cet opéra politique très dérangeant, une production brillante dont on sort pas mal sonnés. 

La programmation de cet opéra vient à point nommé secouer le confort de la capitale bavaroise.

Prochaines représentations et réservations

Les 30 et 31 mars (places restantes)
Les 2, 7 et 9 avril ( places)
Cliquer ici pour réserver en ligne


Belles promenades bavaroises: les pâtures marécageuses d'Ettal (Ettaler Weidmoos)

Les touristes connaissent bien l'abbaye d'Ettal, les façades peintes d'Oberammergau et le château de Linderhof, et en visitant ce coin charmant et chargé d'histoire de la Haute Bavière, passent sans le savoir à côté d'un paradis de la biodiversité: la réserve naturelle des pâturages d'Ettal. 

Une promenade facile (50 mètres de dénivelé tout au plus) de deux ou trois heures, très recommandée au printemps en raison d'une abondante floraison et de nombreuses espèces d'oiseaux, vous fera parcourir le triangle des pâtures et des rivières entre les communes d'Ettal, de Graswang et d'Oberammergau, vous offrant de plus de très beaux points de vue sur les montagnes environnantes.

On peut commencer la promenade au moulin d'Ettal (parking payant), mais en circulant un peu, on trouve des parkings gratuits.

Reportage photographique















































L'allemand pour les (moins) nuls: l'umlaut

L'umlaut

Umlaut, de l’allemand um-, « autour, transformation » + laut, « son »

L'Umlaut, appelé aussi métaphonie ou inflexion, peut constituer une des manières de marquer le pluriel. On indique par ce mot une modification du son de la voyelle radicale en un autre plus adouci, comme dans Dörfer, pluriel de Dorf, village.  

Qu'est-ce que l'inflexion d'une voyelle? En allemand on distingue les voyelles graves -u-, -o- -a- des voyelles claires -e- et -i-. Si nous plaçons ces  cinq voyelles sur une échelle en allant de la plus grave à la plus claire, cela donne  la série -u -o -a -e -i-. Dans la langue parlée, une voyelle grave peut s'infléchir "vers le haut", c'est-à-dire devenir plus claire, quand elle est suivie d'une voyelle claire. Ainsi, un -a- suivi d'un -e- devient ae , de la même façon que -o- devient -oe- et -u- devient -ue-. Pour matérialiser ce changement de timbre, on apposait donc autrefois un -e- à la voyelle concernée. Dans certains noms propres : Goethe ou Maeterlinck, on trouve d'ailleurs toujours ce -e- postposé, on n'écrit jamais Göthe ou Mäterlinck.

Pour marquer cet adoucissement de la voyelle, on se sert dans les imprimés d'un tréma ou 2 points au-dessus de cette voyelle, et dans l'écriture de 2 guillemets.

Quand une majuscule a l'inflexion, on peut remplacer le tréma par la lettre e placée à côté de celte majuscule. D'après cela, on écrit: Ä ou Ae, Ö ou Oe, Ü ou Ue, etc. Aujourd'hui, dans les adresses email, on n'emploie pas l'umlaut, mais on place un e à côté de la voyelle. Par exemple si on trouve la ville de Munich (München) dans une adresse email, elle s'écrit muenchen et non München.

L'umlaut peut être une marque du pluriel

Cette inflexion se pratique sur les voyelles radicales a, o, u, et sur l'a de la diphthongue au. On les prononce alors è, eu, û, oï. La désinence tum est la seule qui admette cet adoucissement: Die Irrtümer, les erreurs.

Lorsqu'au pluriel les voyelles redoublées aa, oo, prennent l'inflexion, elles redeviennent simples. Ainsi das Maal, la marque devient au pluriel die Mäler, les marques; der Boot, la nacelle ; die Böte, les nacelles.

Cette inflexion s'appelle en allemand Umlaut. De là, das Umlaut nehmen, ou simplement umlauten, verbe neutre, prendre l'inflexion.  

Remarquer que l'inflexion du nominatif pluriel se continue toujours dans les autres cas du pluriel.

L'inflexion se manifeste souvent dans les dérivations de mots

L'adoucissement de l'umlaut apparaît fréquemment dans les adjectifs ou les verbes dérivés d'un substantif, dans les conjugaisons, dans les comparatifs et les superlatifs

Aufwand, aufwändig ;  Qual, quälen ; ; Band, Bändel ; Stange, Stängel ; Schwang, überschwänglich ;
ertragen, erträglich, unerträglich; 

Schlafen, er schläft. 

Lang, länger, längst.


mardi 28 mars 2017

Chromo Liebig: série des silhouettes, Wagner et Lohengrin (1901)


La cabane de Hunding au château de Linderhof

La cabane de Hunding, photographiée et éditée par Bernard Johannes (1848-1899)

La cabane de Hunding (en allemand Hundinghütte ) est une cabane en rondins  située dans le parc du château de Linderhof en Haute-Bavière (district d'Ettal). Le bâtiment, reconstruit en 1990, était à l'origine situé à quelques kilomètres à l'ouest du château dans la forêt d'Ammer (Ammerwald).

Hunding est, on le sait, un des personnages de La Walkyrie de Richard Wagner. Louis II avait assisté au premier festival de Bayreuth qui eut lieu en 1876. Cette même année le Roi Louis II de Bavière fit construite la cabane de  Hunding construit dans la forêt d'Ammerwald près du château de Linderhof et  de la frontière autrichienne.

Décor du premier acte de la Walkyrie 

La cabane a été construite au départ des indications scéniques du premier acte de  La Walkyrie de Richard Wagner:


L’intérieur d’une habitation.

Au milieu s’élève le tronc d’un frêne puissant, dont les racines fortement saillantes vont se perdre au loin dans le sol ; un toit de charpente divise la hauteur de l’arbre, séparant la cime du tronc ; ce tronc et les branches qu’il étend traversent le toit en des ouvertures qui leur correspondent exactement ; on devine la cime feuillue de l’arbre, élargie au-dessus du toit. Autour de la souche du frêne, qui en marque le centre, une salle d’habitation est construite ; les murailles sont faites d’ais grossièrement équarris, que recouvrent de-ci de-là des pièces d’étoffe tissée. À droite, vers le devant de la scène est placé le foyer, dont la cheminée monte vers le toit, sur le côté. Derrière le foyer se trouve une pièce analogue à une réserve aux provisions ; quelques marches de bois y donnent accès ; un rideau d’étoffe, fermé à demi, et suspendu à l’entrée. Au fond de la scène, la porte d’entrée de l’habitation, avec un léger loquet de bois. À gauche de cette porte, on va vers une pièce intérieure, à laquelle des degrés de bois conduisent également ; du même côté, beaucoup plus en avant, une table avec un large banc qui tient à la muraille, et devant la table des escabeaux de bois.



Le Roi Louis II aimait à aller se réfugier dans la cabane en bois, cachée au fond d'une vallée de lamontagne, au sud-ouest de Linderhof, comme autrefois Siegmund avait trouvé refuge dans la cabane de Hunding, le mari de Sieglinde. Luise von Kobell a rapporté que « de temps à autre Sa Majesté restait parfois assise seule dans la hutte plongée des heures entières dans un livre dont le contenu contrastait fortement avec la fourrure d'ours primitive jetée sur le sol. Ou lors il se délectait plaisir aux tableau vivants qu'il y fasait représenter dans le style germanique ancien.vive mis en scène son ordre lors de fêtes arrosées avec hydromel dans le vieux style allemand ".  (traduction libre du texte de Luise von Kobell: das die Majestät bisweilen stundenlang einsam darin saß, in irgendeine Lektüre vertieft, deren Inhalt im schärfsten Gegensatz zu dem urwüchsigen Bärenhäutertum stand, das ihn umgab. Oder er ergötzte sich an den lebenden Bildern, die ein auf Geheiß inszeniertes Metgelage im altgermanischen Stil darbot.)



La cabane fut détruite au cours d'un incendie le 18 Décembre 1884, pour se voir  immédiatement reconstruite. En 1945, elle fut à nouveau ravagée par le feu, mais quelques-uns des meubles et des objets, dont un lustre de bois et deux cornes à boire, purent être sauvées.

À l'été 1990, la hutte de Hunding fut reconstruite dans un autre endroit, plus proche du palais de Linderhof. Dans un premier temps, il avait été  prévu de la reconstruire sur son emplacement d'origine, mais diverses raisons, parmi lesquelles  la protection de la nature, empêchèrent la réalisation de ce projet. Le nouveau bâtiment, construit dans la partie orientale du parc a été réalisé à partir des  plans originaux, des esquisses et des eaux-fortes qui ont été conservés et dont les plu anciens sont datés d'août 1876. Un arbre se trouve à nouveau au centre de la cabane dont les dimensions sont de 17,70 x 10 m. Comme prévu sur les plans originaux de l'architecte de la cour Georg Dollmann, un petit lac artificiel a été creusé devant la cabane.

Grâce à des dons privés. on put également  reconstruire l'ermitage de Gurnemanz, qui figure dans l'acte III de l'opéra Parsifal de Richard Wagner. Dans un premier temps, l'ermitage était situé près de l'emplacement d'origine de la cabane de Hunding, mais après s'être effondré, il fut  reconstruit à seulement 150 m à l'ouest du nouvel emplacement de la cabane de Hunding.