samedi 22 juillet 2017

Bayreuth. Une expo présente les mises en scène des opéras de Siegfried Wagner par son fils Wieland




Le fils met en scène les oeuvres du père, une tradition pourrait-on dire dans la famille Wagner. 

A l'occasion du 100e anniversaire de la naissance de Wieland Wagner (1917-1966), une exposition retrace le travail de décorateur et de metteur en scène de Wieland Wagner pour les opéras de son père
Siegfried. Les organisateurs de l' exposition Peter Pachl et Achim Bahr, deux spécialistes de Siegfried Wagner, ont pu s'assurer le précieux concours de la musicologue et théâtrologue autrichienne Ingrid Kapsamer qui a publié une volumineuse étude sur le travail de pionnier et l'influence mondiale de Wieland Wagner: Wieland Wagner: Wegbereiter und Weltwirkung, un ouvrage de référence sur l'oeuvre du grand metteur en scène que fut Wieland Wagner.

L'exposition se visite à l'Hôtel de ville de Bayreuth le temps du Festival, du 25 juillet au 26 août, aux heures d'ouverture de la Stadtbibliothek (Bibliothèque municipale, Ma-Ve de 10H et le samedi entre 10 et 15H. L'entrée est libre.

König-Ludwig-Nacht- 25.08.2017- La nuit du Roi Louis au château de Linderhof.



FR La nuit du Roi Louis. Un programme spécial, aussi en nocturne, est organsié au château de Linderhof à l'occasion du 172e anniversaire de la naissance du Roi Louis II de Bavière.

Des promenades thématiques guidées sont organisées l'après-midi et le soir un court concert et l'illumination des fontaines. De plus, le soir, des visites guidées du château sont également au programme dans le château et dans les jardins, ainsi que la projection du film muet de Dieterle, Ludwig II. König von Bayern. Programme détaillé en allemand: voir le pdf Programm der König-Ludwig-Nacht 2017


in Ludwig II. König von Bayern


DE König-Ludwig-Nacht
zur Feier des 172. Geburtstags König Ludwigs II. von Bayern

Nach Themenführungen am Nachmittag stehen abends ein kurzes Konzert und die Illumination des Wasserparterres auf dem Programm. Außerdem gibt es nächtliche Führungen im Schloss und in den Gartenparterres, verschiedene Vorträge sowie eine Stummfilmvorführung.

Programm der König-Ludwig-Nacht 2017

Veranstalter: Schloss- und Gartenverwaltung Linderhof, Tel. 08822 9203-0
www.linderhof.de

Bregenzer Festspiele: Mosè in Egitto, un Rossini aux accents de modernité

Un exemple du travail de Hotel Modern: à droite l'équipe au travail sur sa maquette, et la projection sur rideau
de scène transparent. Crédit photographique pour toutes les photos: Karl Forster / Bregenzer Festspiele

Le Festival de Bregenz (Bregenzer Festspiele) est surtout réputé par sa gigantesque production en plein air sur le lac, -cette année avec le Carmen de Bizet, dotée d'un énorme budget et qui charrie chaque année plus de 200000 spectateurs. Mais ce Festival a bien davantage à offrir, et produit en parallèle, le plus souvent en coproduction,  un opéra à la mise en scène plus expérimentale, qu'il s'agisse de la création d'un nouvel opéra ou de la redécouverte d'un opéra peu ou moins souvent joué. C'est aussi le cas cette année avec  le Mosè in Egitto de Gioacchino Rossini dans la mise en scène de la très créative de Lotte de Beer qui s'est associée au Collectif théâtral hollandais Hotel Modern (Theatergroep Hotel Modern) et au décorateur et costumier Christof Hetzer, dont la contribution aux Contes d'Hoffmann de l'été passé avait été très remarquée. L'opéra de Rossini est coproduit avec l'Opéra de Cologne où l'on pourra revoir cette mise en scène en avril 2018 avec une autre distribution

Le collectif Hotel Modern, fondé en 1997 à Rotterdam,  travaille avec des figurines miniatures de marionnettes ou d'éléments de décor qui sont actionnées et filmées en vidéo pour ensuite être projetées sur divers écrans. Les figurines sont grandes comme un doigt, environ dix centimètres de hauteur,  et sont réalisées avec une plasticine ou une résine modelée sur des fils de fer, et simplement animées par un fil de fer fixé aux pieds ou à la tête de la figurine. Pour Mosè in Egitto, d'innombrables figurines ont été réalisées qui représentent le peuple élu et l'oppresseur égyptien , qu'Hotel Modern fait évoluer sur des petits plateaux avec des blocs représentant les constructions ou un maquettage figurant les dunes de sable du désert. Lotte de Beer a eu l'idée de mettre en scène les collaborateurs d'Hotel Modern en train de travailler, aussi la scène est elle à la fois occupée par les protagonistes et les décors et par toute la série des maquettes conçues par le collectif hollandais: les créateurs-techniciens, actionnistes ou vidéastres, sont au travail et filment (ou simulent le tournage) de leurs maquettes dont on voit le résultat projeté sur divers supports: rideau d'avant-scène,  écrans d'arrière-scène ou une grande sphère qui occupe le centre du plateau et qui représente sans doute le globe terrestre ou le monde connu. Une maquette ingénieuse en forme d'aquarium complexe permettra de simuler la séparation des flots de la mer Rouge et la punition divine finale de l'engloutisement des armées de pharaon.

Mosè, Faraone et Osiride, devant une maquette d'Hotel Modern
La présence constante en scène de l'équipe d'Hotel Modern a quelque chose d'entêtant et même parfois de dérangeant. Dans la mise en scène, les chanteurs sont censés reproduire les gestes des marionnettes, et, s'ils ne le font pas, les membres de l'équipe viennent modifier leur position, ce qui participe d'une réflexion sur la création théâtrale: les créateurs de l'équipe sont en fait la divinité en action, Dieu lui-même ou ses démiurges. Cette réflexion entraîne toute une série de connotations et d'interrogations philosophiques qui concernent le texte biblique lui-même, -ce peuple élu, qui, faut-il le souligner, n'a pas choisi de l'être, dispose-t-il encore d'un libre-arbitre?-, et qui concernent aussi la relation de la mise en scène aux chanteurs, -quelle est la part de liberté des interprètes dans le choix de leur interprétation théâtrale ou vocale? Par le truchement de cette réflexion, Lotte de Beer et Hotel Modern apportent un nouvel éclairage au livret: l'amour nèst pas plus un choix que l'appartenance à un peuple; le fils de Pharaon, Osiride, n'est pas vraiment libre de son amour pour la belle captive juive Elcia, et, partant, de son opposition à la fuite des Hébreux. Sa mort, punition divine, apparaît comme une profonde injustice. Lotte de Beer fait se déplacer Osiride sur scène comme un jeune animal blessé fou de douleur et a trouvé dans le jeune ténor d'origine sud-africaiune Sunnyboy Dladla un génial interprète dont l'agilité vocale n'a d'égale que les mouvements impulsifs, désordonnés et saccadés. Le ténor donne parfaitement à voir le déchirement intense d'un adolescent plein de sève écrasé comme un vulgaire insecte sous le pouce divin. La mise en scène a sans doute été perçue par certains comme incommodante ou tenant trop du procédé, mais elle a l'énorme avantage de dépoussiérer et de secouer un des plus anciens textes de l'humanité et de lui redonner vie par les moyens modernes du collectif hollandais. Lotte de Beer, récompensée  par les Opera Awards 2015, a l'ambition de faire de l'opéra pour notre temps, et sa mise en scène en donne une brillante démonstration! Enfin, Christoph Hetzer a réalisé décors et costumes avec un grand talent en parfaite intelligence avec le travail d'Hotel Modern.

Un bonheur ne venant jamais sans l'autre, à l'intérêt du travail de mise en scène est venu s'adjoindre la délectation musicale. La direction musicale  d'Enrique Mazzola qui dirige le Wiener Symphoniker et les Choeurs philarmoniques de Prague entraînés par Lukáš Vasilek ont rendu tous les ors de la partition. Enrique Mazzola, aujourd'hui directeur de l'Orchestre national d'Ile-de-France, spécialiste renommé du répertoire italien belcantiste, nous entraîne à la découverte de l'essence même de la partition de Rossini en y soulignant l'expression musicale de l'impossible accomplissement de la passion amoureuse: la musique évoque ce que nous voyons de sublime en l'amour et qui nous reste inaccessible, ce qui, selon le chef d'orchestre, participe du refus rossinien de l'amour romantique. En fin d'opéra, Mazzola déploie tout le grandiose du long moment dramatique de la "Preghiera": le simple thème en sol mineur successivement chanté par Mosè. Aronne et finalement Elcia qui reçoit en alternance la réponse en si bémol majeur du Choeur. Mazzola est particulièrement attentif à ménager l'effet de surprise de la dernière répétition en donnant toute l'ampleur "inattendue, solaire, grandiose du  sol majeur", que Enrique Mazzola caractérise encore et à fort juste titre comme une "brillante performance"*.

Sunnyboy Dladla (Osiride)
Une distribution de qualité, jeune et homogène, cependant que pas toujours bien exercée au vibrato rossinien, a largement contribué au succès de cette soirée d'exception. A tout seigneur tout honneur, la palme revient à l'extraordinaire ténor purement rossinien Sunnyboy Dladla, somptueux dans le vibrato. Rarement la mort soudaine d'Osiriride au deuxième acte ne nous aura laissés aussi éplorés , tant cela aurait été un grand bonheur de l'entendre jusqu'à la fin de l'opéra...une agilité vocale extraordinaire, un soprano qui se joue avec aisance du plus aigu, de la puissance et de l'ardeur, et cet extraordinaire jeu d'animal fou et déjanté que nous avons déjà souligné. Le bémol, c'est qu'une telle présence scénique et vocale déplace le centre d'intérêt de l'opéra, d'autant que Goran Jurić, qui a de par sa haute stature naturellement le physique de l'emploi pour le rôle de Mosè, n'a pas développé toute l'ampleur et l'autorité vocales que demandent le rôle-titre, au point que le drame et le déchirement  amoureux d'Osiride et d'Elcia focalisent davantage l'attention que la libération du peuple des Hébreux par l'élu de Dieu. La jeune soprano Clarissa Costanzo, qui a déjà un impressionnant répertoire à son actif auquel répondent de nombreux prix, fait à Bregenz une prise de rôle remarquée en interprétant avec son un beau colorature bien affirmé une Elcia émouvante, prise entre les feux d'une passion dévorante et les devoirs grégaires d'une soumission à la divine Volonté. Le rôle de Faraone, -un rôle difficile parce que le personnage, alors qu'il devrait occuper avec une grandeur quasi divine la fonction suprême, est bourré de contradictions et de tergiversations qui en font une girouette tiraillée entre des vents contraires-, est porté par le baryton basse Andrew Foster-Williams qui en rend fort bien toute l'ambiguïté. Si son répertoire ne l'incline pas à cultiver les vocalises typiquement rossiniennes, son interprétation sonore et bien projetée n'en est pas moins convaincante. Foster-Williams reste à Bregenz le temps du Festival, pour y interpréter le rôle d'Escamillo dans Carmen. Le personnage de la femme de pharaon, chanté par Mandy Fredrich, a davantage de fermeté dans ses convictions: l'excellente colorature allemande interprète avec brio les plaintes et la douleur d'Almatea. Taylan Reinhard manque de consistance et de définition et donne un  grand-prêtre Mambre plutôt falot. Enfin Matteo Macchioni donne un bel Aronne avec les sonorités métalliques et la vaillance de de sa voix haut perchée, et Dara Savinova interprète sa soeur Amenofi d'une voix aux inflexions séduisantes.

Une mise en scène originale et empreinte de modernité qui incite à faire le voyage de Cologne pour l'y revoir en avril prochain!

Prochaines représentations à Bregenz: les 23 et 31 juillet

*traduction libre des propos du chef dans le programme de la soirée.

vendredi 21 juillet 2017

Retour au Marienbrücke / Pöllatbrücke. Photographies.

Le Pöllat sous Neuschwanstein (le chemin de la gorge est toujours fermé)








Vues du Marienbrücke




Schwangau




Non, Jef, t'es pas tout seul...


Retour à Schwangau











Photos du 21 juillet 2017 par Luc Roger

jeudi 20 juillet 2017

Mosè in Egitto de Rossini au Festival de Bregenz. L'affiche.


Carmen de Bizet au Festival de Bregenz, données techniques

Photo Bregenzer Festpiele: la scène avec les couleurs
des cartes projetées

Photo Luc Roger. La scène de jour.

Cette année, le Festival de Bregenz propose, entre autres,  deux nouvelles mises en scène: Carmen de Bizet sur la grande scène sur le lac de Constance et Mose in Egitto de Gioachino Rossini  dans la grande salle de la Maison du festival. Kasper Holten assure la mise en scène de Carmen, la direction musicale étant confiée en alternance à Paolo Carignani et à Jordan de Souza.

L'opéra de Bizet se jouera pour une trentaine de représentations le temps du Festival, entre le 19 juillet et le 20 août 2017, en principe dans le  grand amphithéâtre à ciel ouvert qui donne sur le lac et qui comporte 7000 places. Il s'agit d'un grand spectacle qui mobilise un nombre impressionnant de personnes: les décors ont été confiés à Es Devlin, le design sonore et l'acoustique à Gernot Gögele et Alwin Bösch, les costumes sont de Anja Vang Kragh. Les deux chefs d'orchestre se partagent la direction musicale de l'Orchestre symphonique de Vienne. Les choeurs sont placés sous la direction de Lukáš Vasilek et Benjamin Lack, le choeur d'enfants est entraîné par Wolfgang Schwendinger. Les chorégraphies de Signe Fabricius.

La distribution des chanteurs est doublée ou triplée selon les rôles:

Carmen Gaëlle Arquez | Lena Belkina | Annalisa Stroppa
Don José Daniel Johansson | Martin Muehle | Arnold Rawls
Escamillo Andrew Foster-Williams | Scott Hendricks | Kostas Smoriginas
Micaëla Cristina Pasaroiu | Melissa Petit | Elena Tsallagova
Frasquita Jana Baumeister | Sónia Grané
Mercédès Marion Lebègue | Judita Nagyova
Zuniga Yasushi Hirano | Sébastien Soulès
Moralès Rafael Fingerlos | Wolfgang Stefan Schwaiger
Remendado István Horváth | Simeon Esper
Dancaïro Adrian Clarke | Dariusz Perczak

Une grande entreprise d'entertainment qui mise sur des techniques de pointe

Le festival culturel des Bregenzer Festspiele attire chaque année en juillet et août plus de 200000 visiteurs dans la capitale du Voralberg, qui s'y rendent essentiellement, mais pas seulement, pour assister à une représentation d'opéra au grand amphithéâtre sur le lac. Le festival est réputé pour l'incomparable panorama sur le lac de Constance, pour sa scène et ses décors impressionnants de gigantisme et, de plus e plus, pour  son ingéniérie acoustique de pointe. Depuis 2015, la direction du festival est confiée à Elisabeth Sobotka, qui a succédé à David Poutney. Le Wiener Symphoniker et le Prager Philarmonischer Chor sont les partenaires habituels de cette gigantesque entreprise d'entertainment. Cette année, pour Carmen, viennent s'y ajouter le Choeur du festival de Bregenz et le choeur d'enfants de l'école de musique de la ville de Bregenz. 

Quelques chiffres, éléments du superlatif
  • La main gauche de Carmen, surnommée "la main Lindau" parce que sa paume fait face à la ville frontalière allemande voisine, fait 21 mètres de hauteur. La main droite, "la main Bregenz", ne fait "que" 18 mètres.
  • Les cartes à jouer sont faites pour des géants: chaque carte a 4,3m sur 7m, soient environ 30 mètres carrés. Le bois en est le matériau. Elles sont peintes et recouverte d'un filet anti-dérapant. Trois cartes se trouvent au centre de la scène sur un plateau tournant. Parmi les 62 cartes, 15 cartes semblent flotter en l'air entre les mains de Carmen, 28 sont disposées sur la scène, 6 cartes sur caillebotis sont verticalement mobiles et peuvent être plongées dans l'eau (trois mètres de mobilité), quelques cartes sont plongées dans l'eau et on n'en voit que les coins.
  • Pour les mains, la décoratrice Es Devlon a pris ses propres mains pour modèles.
  • La cigarette de la main gauche rougeoie et émet de la fumée. Elle symbolise la fabrique de tabac de Séville où travaille Carmen.
  • 6 projecteurs situés au-dessus du fond de l'amphithéâtre permettent d'animer les cartes à jouer en leur donnant leurs couleurs ou, entre autres, en y projetant des vues anciennes de Séville.
  • La construction de la scène a duré 7 mois et a nécessité la coopération de pas moins de 37 firmes autrichiennes, allemandes et suisses.
  • Les organisateurs espèrent dépasser les 90 pour cent d'occupation, hier soir l'attachée de presse évoquait les 90 pour cent. Le public est essentiellement germanophone, avec 70 pour cent des places occupées par les Allemands, directement voisins des Autrichiens. Viennent ensuite les Autrichiens et les Suisses, ces trois populations se partageant les rives du lac de Constance. Des visiteurs viennent du monde entier. 
  • Les décors doivent rester en place le temps de deux festivals, ils doivent résister à l'hiver comme à l'été: les matériaux utilisés doivent supporter des températures allant de moins vingt à plus quarante degrés C.
  • La scène sur le lac est construite sur pilotis: 119 pieux de bois et d'acier sont enfoncés dans le sol du lac.
  • 80 hauts-parleurs sont dissimulés sur scène (cette année derrière les immenses cartes à jouer) et 800 autres entourent l'amphithéâtre. Le fameux système BOA (Bregenz Open Acoustics) permet aux spectateurs de localiser l'origine du son sur scène.
  • 16 containers de 6 mètres de longueur se trouvent dissimulés en arrière scène et servent d'entrepôts et de garde-robes. La superficie totale de rangement de l'arrière-scène est de 828 mètres-carrés.
  • La durée spectacle est le plus souvent réduite pour des raisons organisationnelles (il commence à la tombée de la nuit et doit se terminer à temps pour que les spectateurs aient accès aux derniers trains). Cette année, il dure 2 heures. Le spectacle se déroule sans entracte. 
  • Tout est à vendre après les deux saisons festivalières, des costumes aux mains monumentales de Carmen.


mercredi 19 juillet 2017

Carmen au festival de Bregenz. Impressions photographiques d'avant spectacle.





L'envers du décor

L'orchestre et la salle, en cas de pluie

Derniers préparatifs et nettoyage du lac


Vue de la salle avec les pupitres de l'orchestre